Discours du Président de la République
En marge du forum mondial de l’eau, le Président de la République IDRISS DEBY ITNO, Président en exercice de la CBLT, a présenté aux bailleurs de fonds, partenaires techniques et financiers des projets pilotes pour des financements innovants. L’objectif étant de sauvegarder le Lac Tchad. Lire discours intégral du Chef de l’Etat. Monsieur le Ministre français de la Coopération ; Monsieur le Secrétaire Exécutif de la Convention des Nations Unies sur la Lutte contre la Désertification ; Messieurs les Présidents Directeurs Généraux, les Directeurs Généraux et les Représentants des Partenaires au Développement et Amis du Tchad ; Mesdames, Messieurs les Secrétaires Exécutifs des Conventions et des Institutions spécialisées ; Mesdames et Messieurs les Chefs des Missions Diplomatiques et Représentants des Organisations Internationales et de la Société Civile ; Distingués Invités, Mesdames, Messieurs Je voudrais en mon nom personnel et en celui de la délégation tchadienne qui m’accompagne remercier le Président de la République Française, Monsieur NICOLAS SARKOZY, le Gouvernement français pour les soins qu’ils ont mis pour notre séjour et d’avoir accepté d’accueillir l’atelier sur les financements innovants pour la sauvegarde du Lac-Tchad. Je voudrais aussi remercier les partenaires au développement qui ont sacrifié leur temps précieux pour participer à cette importante rencontre consacrée à la sauvegarde du Lac-Tchad. Mesdames, Messieurs Le Lac Tchad est aujourd’hui une priorité écologique et de développement. Mais qui sait, qui se doute même que ce territoire recèle des sources d’humanité profonde et d’archéologie africaine fondamentale. D’abord par son eau, aujourd’hui raréfiée et dont le cours pluriséculaire traverse l’immensité des déserts pour verdir des territoires africains et arabes. A remonter l’horloge de l’histoire, l’Oubangui, le Chari et le Logone ont pour ancêtre Le Nil. Des siècles sont passés à stratifier l’écorce terrestre et servant d’abri à une végétation luxuriante, une biosphère exceptionnelle, des fonds lacustres surprenants et à ce creuset de cultures, de langues et de civilisations. Le Lac Tchad est aujourd’hui un vaste et étrange territoire, aussi attachant par ses potentialités et ses mémoires voilées, que préoccupant par les affres de la vie auxquelles sont soumis trente millions d’habitants vivant au seuil de la pauvreté, isolés et reclus. Le Lac Tchad est une priorité à qui s’intéresse au sort des populations entravées dans leur mouvement, je n’ose pas dire dans leurs mobilités, aux activités réduites et déconnectées des progrès de la civilisation. Nous avons beaucoup à faire pour redonner vie et motivation à la vie, à cette mosaïque de populations dont les traces mémorielles viennent témoigner d’un berceau de l’humanité. Cette injonction humanitaire ne concerne pas seulement le Tchad et les autres pays limitrophes de la CBLT, mais bien tout le continent africain et pourquoi pas l’ensemble de la planète. Nous sommes réunis pour cet atelier avec un objectif important, vital même. Il nous revient de discerner et de mettre en Œuvre les financements innovants pour reverdir, revigorer et revivifier un lac en perdition. A nous Africains, on fait souvent le reproche de ne pas être suffisamment pragmatiques dans notre approche du développement. Peut-être était-ce vrai ! Depuis, nous avons changé et pris en compte les réalités d’un monde injuste et égoïste, et cette évolution, je la porte devant vous en présentant ce rapport intégrant plus d’une trentaine de projets concrets et pour lesquels des financements éligibles existent et sont requis urgemment. Du système hydraulique à restaurer et optimiser via les techniques appropriées aux écosystèmes, et à la biodiversité à préserver, de l’amélioration de conditions de vie des populations, et de la stimulation des activités agro-pastorales aux grandes infrastructures à déployer, avec le concours des ministères du Tchad, de la CBLT, et du Forum Mondial du Développement Durable, nous avons répertorié les actions prioritaires qui peuvent sans délai être connues, engagées, et ainsi transformer ce territoire en déshérence en oasis de progrès, de meilleure cohésion sociale, et d’harmonieuse cohabitation des populations. On nous fait également le reproche d’une insuffisance de transparence financière. C’est la raison pour laquelle, nous prendrons des mesures administratives et institutionnelles pour traiter la réhabilitation du Lac Tchad à l’abri des lobbies et à l’écart du mercantilisme de la mondialisation. Comme vous le savez, par sa géographie et son anthropologie, le Lac-Tchad est riche des traces d’histoire humaine. Cette traçabilité devra se retrouver dans les financements pour que les actions engagées soient des actions réalisées. Réduire la pauvreté par des emplois créés, étancher la soif par l’accès à l’eau potable, commercialiser les agrumes, le poisson, et pratiquer l’élevage de manière rationnelle, aménager les routes, le transport, l’électrification, et l’accès à tous les biens publics, de la santé à l’éducation et au bien-être. Ce développement est possible, maintenant et sans tarder… On nous dit quelque peu réfractaires à l’écologie et au développement durable, les projets pilotes sont tous estampillés « Développement durable », respectueux de la nature et des équilibres sociaux, humains, culturels. De la conception des projets à leur élaboration, notre souci constant, notre seul objectif est de rétablir l’humain sur un territoire, préserver la nature sur un lac qui se dessèche, remettre le Lac Tchad dans le cours de l’histoire. Un mot sur les institutions et le temps. Nous n’avons pas négligé les aspects institutionnels dans la rédaction de ces projets. La gouvernance du lac doit être repensée à la lumière de la sollicitation de ses populations. C’est pourquoi, l’établissement d’un véritable atlas du Lac Tchad s’impose comme une priorité quasiment archéologique : apprendre pour partager ce savoir, décider après concertation, mettre le lac pas seulement en chiffres et cartes, mais aussi comme un instrument socioculturel pour les habitants, le monde extérieur et les décideurs que vous êtes. Croyez en ma détermination : aujourd’hui ce rapport avec des projets pilotes, demain un livre blanc sur le Lac Tchad sera d’actualité. Nous le devons pour les populations qui y vivent, pour les prochaines générations et aussi au nom d’une histoire oubliée. Des traces à réinscrire, à réapprendre pour concilier l’histoire et le présent et préparer l’avenir de nos enfants et petits enfants. De tous ceux qui conduiront l’Afrique nouvelle, développée et motrice de son destin. Ces projets pilotes sont certes des actions limitées dans le temps. Mais ils s’inscrivent dans une stratégie diversifiée et durable. Le Lac Tchad ne nous lâchera plus, je souhaiterais qu’il ne vous quitte plus. Car pour pérenniser, il faut durer. Aussi, d’autres ateliers suivront cet atelier. Il nous faut aujourd’hui finaliser les actions en trouvant des financements nécessaires, c’est un préalable pour aller de l’avant. Le Lac Tchad doit faire partie du patrimoine mondial. Aussi, allons-nous nous employer à le faire inscrire auprès de l’UNESCO comme patrimoine universel pour l’aider à vivre et à prospérer. Et aussi pour témoigner de son archéologie ancrée dans l’histoire de l’Afrique, le Lac Tchad sera auprès de mon gouvernement un secteur prioritaire et si je puis dire, un domaine réservé avec son Agence dédiée, indépendante et transversale, au sens où l’intérêt général primera sur des intérêts catégoriels et corporatistes. Le Lac Tchad appartient aux pays limitrophes rassemblés dans la CBLT que je préside et qui veillera à apporter tout son concours et toute son expertise. Le Lac Tchad vivra si nous lui en donnons les moyens. Je compte sur votre soutien et si je puis me permettre cette remarque financière : c’est une bonne affaire car nous avons tous y à gagner. Avant de clore mon propos, je voudrais remercier tous ceux qui ont bien voulu honorer de leur présence cet atelier. Je compte sur votre engagement.
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