Madame la Présidente, Chères sœurs Premières Dames d’Afrique, Distingués invités, Mesdames et Messieurs.
Je voudrais commencer mon propos en citant les propos très profonds de la Présidente de la Commission de l’Union Africaine, Docteur NKOSOZANA DLAMINI ZUMA qui disait au lancement de la campagne contre le mariage des enfants, et je cite : « nous devons en finir avec le mariage des enfants. Les filles qui se retrouvent mariées à un âge tendre sont forcées d’avoir des enfants alors qu’elles sont encore elles-mêmes des enfants».
Ce propos en dit long sur le drame que représente le mariage des enfants dans nos sociétés. Il est absolument important que cette problématique fasse l’objet des réflexions afin que des solutions idoines, durables et pérennes soient trouvées à ce phénomène qui porte un grand préjudice à nos filles et au-delà, à nos pays.
Aussi permettez-moi, d’exprimer toute ma reconnaissance aux organisateurs pour l’honneur qui m’est fait en m’associant à ce panel qui se penche sur un sujet d’importance capitale pour notre continent.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à rappeler que le mariage des enfants, dans son acception générale, est une union formelle ou informelle d’une adolescente ayant moins de 18 ans avec une personne de même âge ou plus âgée. Suivant cette définition du mariage des enfants, l’élément central qui est mis en exergue est l’âge de la conjointe. Lorsque l’union intervient avant l’âge de 18 ans, il s’agit indubitablement d’un mariage dit des enfants. La convention relative aux droits de l’enfant et la charte africaine des droits et du bien être de l’enfant, qui sont aussi formels sur la notion d’âge, définissent un enfant comme une personne qui a moins de 18 ans.
En principe, le mariage est conclu uniquement sur la base du consentement libre et total des conjoints qui ont l’intention de se marier. Mais dans la plupart des cas du mariage des enfants, ce sont d’autres personnes qui décident à leurs places. Ce qui est naturellement une violation des textes régissant les droits des enfants que la plupart de nos Etats ont ratifiés.
Selon une étude récente de l’UNFPA, il ressort que 11% des filles sont mariées avant leur 15e anniversaire. Mais plus dramatique est la situation du continent. Sur les 41 pays du monde qui présentent un taux de mariage des enfants supérieur ou égal à 30%, 30 sont en Afrique.
Au Tchad, les rapports indiquent que 28% des femmes de 15 à 49 ans enquêtées ont été mariées avant l’âge de 15 ans ;69% des femmes de 20 à 49 ans ont êtes mariées avant l’âge de 18 ans . Il faut préciser que ce taux varie selon les régions et oscille entre 60 et 84%.
La question qui taraude nos esprits est de savoir quelles sont les causes réelles ou supposées qui sont à la base du mariage des enfants. Suivant les résultats des enquêtes, les causes du mariage des enfants sont diverses. La pauvreté apparaît comme l’une des causes essentielles de ce phénomène car beaucoup de parents indigents estiment que le mariage assure à leur progéniture féminine un meilleur avenir surtout lorsque l’époux a une certaine assise matérielle.
L’analphabétisme des parents est aussi l’un des facteurs explicatifs du phénomène du mariage des enfants. A cette cause s’ajoute, la non scolarisation des filles. Les études ont montré que les filles victimes du mariage précoce sont généralement celles qui sont moins instruites.
A la dimension économique du phénomène, il faut y ajouter les variables socio-culturelles et religieuses qui sont les déterminants majeurs du mariage des enfants.
Il est évident que l’impact du mariage précoce sur la santé des filles n’est pas à négliger au point où l’on parle même d’une véritable question de sante publique. Les maternités précoces et à risque sont le lot de ces filles que l’on donne en mariage avant l’âge requis. Généralement, les risques de complications de la grossesse et de l’accouchement conduisent à la mort.
C’est à juste titre que l’Union Africaine a pris la vraie mesure ce phénomène anachronique et a envisagé des mesures audacieuses en vue de l’enrayer de notre continent.
A la suite de l’organisation panafricaine, toute la société doit se mobiliser pour mener cette bataille salvatrice. Nous devons agir efficacement et à plusieurs niveaux, car seule la législation ne saurait venir à bout de ce phénomène qui perdure depuis des lustres. Et puisque certains parents ont tendance à tolérer ces pratiques ou à les entretenir et à les encourager, il y a lieu, d’envisager des campagnes d’information, de sensibilisation et de communication afin d’inverser cette fâcheuse tendance.
Il me plait de rappeler que dans mon pays, une lutte sans merci est livrée contre le mariage des enfants. La bataille est d’ailleurs menée au plus haut sommet de l’Etat. A ce sujet, l’on se souvient certainement de la déclaration forte et poignante faite, le 30 janvier 2015, à la tribune de l’Union Africaine, par le Président de la République, son excellence IDRISS DEBY ITNO. Le Chef de l’Etat a pris l’engagement solennel de mettre un terme au mariage des enfants d’ici 2020.
C’est dans cette perspective que le Président de la République du Tchad, son excellence IDRISS DEBY ITNO a signé le décret 029/PR/2015 en date du 21 juillet 2015 ratifiant l’ordonnance 006/PR/2015 portant interdiction du mariage des enfants.
Dans cet ordre de bataille contre cette pratique surannée, se sont aussi positionnés les leaders religieux et de nombreuses organisations de la société civile. La plateforme multiconfessionnelle qui regroupe les musulmans et chrétiens a pris l’engagement de contribuer à la lutte contre le mariage des enfants.
Les organisations de la société civile, à travers un engagement lu par la présidente de l’association des femmes juristes du Tchad s’intègrent dans la même dynamique de lutte.
Nous notons, avec satisfaction, la mobilisation au niveau national des radios communautaires, des églises, des mosquées et des établissements scolaires sur cette question de mariage des enfants
Je voudrais relever un fait anecdotique mais suffisamment révélateur de l’investissement de la société tchadienne dans la lutte contre ce phénomène. Le parlement des enfants a récemment dénoncé un mariage de mineur qui n’a pas, fort heureusement, eu lieu et les auteurs ont été mis à la disposition de la justice.
Voilà la modeste contribution que j’ai tenu à apporter dans le cadre de ce partage et d’échange sur le mariage des enfants. Et j’ose espérer que la dynamique de prise de conscience qui s’est enclenchée se poursuivra afin de mettre nos filles, nos Etats et notre Afrique à l’abri de ce phénomène extrêmement dangereux.
Publier Le : 18/10/2016 22:07
Chères sœurs Premières Dames d’Afrique,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs.
Je voudrais commencer mon propos en citant les propos très profonds de la Présidente de la Commission de l’Union Africaine, Docteur NKOSOZANA DLAMINI ZUMA qui disait au lancement de la campagne contre le mariage des enfants, et je cite : « nous devons en finir avec le mariage des enfants. Les filles qui se retrouvent mariées à un âge tendre sont forcées d’avoir des enfants alors qu’elles sont encore elles-mêmes des enfants».
Ce propos en dit long sur le drame que représente le mariage des enfants dans nos sociétés. Il est absolument important que cette problématique fasse l’objet des réflexions afin que des solutions idoines, durables et pérennes soient trouvées à ce phénomène qui porte un grand préjudice à nos filles et au-delà, à nos pays.
Aussi permettez-moi, d’exprimer toute ma reconnaissance aux organisateurs pour l’honneur qui m’est fait en m’associant à ce panel qui se penche sur un sujet d’importance capitale pour notre continent.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à rappeler que le mariage des enfants, dans son acception générale, est une union formelle ou informelle d’une adolescente ayant moins de 18 ans avec une personne de même âge ou plus âgée. Suivant cette définition du mariage des enfants, l’élément central qui est mis en exergue est l’âge de la conjointe. Lorsque l’union intervient avant l’âge de 18 ans, il s’agit indubitablement d’un mariage dit des enfants. La convention relative aux droits de l’enfant et la charte africaine des droits et du bien être de l’enfant, qui sont aussi formels sur la notion d’âge, définissent un enfant comme une personne qui a moins de 18 ans.
En principe, le mariage est conclu uniquement sur la base du consentement libre et total des conjoints qui ont l’intention de se marier. Mais dans la plupart des cas du mariage des enfants, ce sont d’autres personnes qui décident à leurs places. Ce qui est naturellement une violation des textes régissant les droits des enfants que la plupart de nos Etats ont ratifiés.
Selon une étude récente de l’UNFPA, il ressort que 11% des filles sont mariées avant leur 15e anniversaire. Mais plus dramatique est la situation du continent. Sur les 41 pays du monde qui présentent un taux de mariage des enfants supérieur ou égal à 30%, 30 sont en Afrique.
Au Tchad, les rapports indiquent que 28% des femmes de 15 à 49 ans enquêtées ont été mariées avant l’âge de 15 ans ;69% des femmes de 20 à 49 ans ont êtes mariées avant l’âge de 18 ans . Il faut préciser que ce taux varie selon les régions et oscille entre 60 et 84%.
La question qui taraude nos esprits est de savoir quelles sont les causes réelles ou supposées qui sont à la base du mariage des enfants. Suivant les résultats des enquêtes, les causes du mariage des enfants sont diverses. La pauvreté apparaît comme l’une des causes essentielles de ce phénomène car beaucoup de parents indigents estiment que le mariage assure à leur progéniture féminine un meilleur avenir surtout lorsque l’époux a une certaine assise matérielle.
L’analphabétisme des parents est aussi l’un des facteurs explicatifs du phénomène du mariage des enfants.
A cette cause s’ajoute, la non scolarisation des filles. Les études ont montré que les filles victimes du mariage précoce sont généralement celles qui sont moins instruites.
A la dimension économique du phénomène, il faut y ajouter les variables socio-culturelles et religieuses qui sont les déterminants majeurs du mariage des enfants.
Il est évident que l’impact du mariage précoce sur la santé des filles n’est pas à négliger au point où l’on parle même d’une véritable question de sante publique. Les maternités précoces et à risque sont le lot de ces filles que l’on donne en mariage avant l’âge requis. Généralement, les risques de complications de la grossesse et de l’accouchement conduisent à la mort.
C’est à juste titre que l’Union Africaine a pris la vraie mesure ce phénomène anachronique et a envisagé des mesures audacieuses en vue de l’enrayer de notre continent.
A la suite de l’organisation panafricaine, toute la société doit se mobiliser pour mener cette bataille salvatrice. Nous devons agir efficacement et à plusieurs niveaux, car seule la législation ne saurait venir à bout de ce phénomène qui perdure depuis des lustres. Et puisque certains parents ont tendance à tolérer ces pratiques ou à les entretenir et à les encourager, il y a lieu, d’envisager des campagnes d’information, de sensibilisation et de communication afin d’inverser cette fâcheuse tendance.
Il me plait de rappeler que dans mon pays, une lutte sans merci est livrée contre le mariage des enfants. La bataille est d’ailleurs menée au plus haut sommet de l’Etat. A ce sujet, l’on se souvient certainement de la déclaration forte et poignante faite, le 30 janvier 2015, à la tribune de l’Union Africaine, par le Président de la République, son excellence IDRISS DEBY ITNO. Le Chef de l’Etat a pris l’engagement solennel de mettre un terme au mariage des enfants d’ici 2020.
C’est dans cette perspective que le Président de la République du Tchad, son excellence IDRISS DEBY ITNO a signé le décret 029/PR/2015 en date du 21 juillet 2015 ratifiant l’ordonnance 006/PR/2015 portant interdiction du mariage des enfants.
Dans cet ordre de bataille contre cette pratique surannée, se sont aussi positionnés les leaders religieux et de nombreuses organisations de la société civile. La plateforme multiconfessionnelle qui regroupe les musulmans et chrétiens a pris l’engagement de contribuer à la lutte contre le mariage des enfants.
Les organisations de la société civile, à travers un engagement lu par la présidente de l’association des femmes juristes du Tchad s’intègrent dans la même dynamique de lutte.
Nous notons, avec satisfaction, la mobilisation au niveau national des radios communautaires, des églises, des mosquées et des établissements scolaires sur cette question de mariage des enfants
Je voudrais relever un fait anecdotique mais suffisamment révélateur de l’investissement de la société tchadienne dans la lutte contre ce phénomène. Le parlement des enfants a récemment dénoncé un mariage de mineur qui n’a pas, fort heureusement, eu lieu et les auteurs ont été mis à la disposition de la justice.
Voilà la modeste contribution que j’ai tenu à apporter dans le cadre de ce partage et d’échange sur le mariage des enfants. Et j’ose espérer que la dynamique de prise de conscience qui s’est enclenchée se poursuivra afin de mettre nos filles, nos Etats et notre Afrique à l’abri de ce phénomène extrêmement dangereux.
Je vous remercie de votre attention.